
Dans un rapport (2004) de l’Office national de l’énergie ONE intitulé « Les perspectives futures jusqu’en 2010 », on réitère les inquiétudes concernant les prix élevés du gaz naturel et une volatilité soutenue pour le futur, et ce, jusqu’à ce qu’on apporte de nouvelles sources d’approvisionnement au marché ou qu’on réduise la consommation. Malheureusement, les nouvelles sources d’approvisionnement sont continuellement retardées, et les données recueillies démontrent que la demande pour le gaz naturel est à la hausse.
Le rapport de l’ONE confirme d’ailleurs que les prix du marché reflètent un équilibre serré entre l’offre et la demande de gaz en Amérique du Nord. Compte tenu de cet équilibre serré, les prix du gaz répondent parfois de façon radicale à des fluctuations de températures et autres influents. Le passage des ouragans Katrina et Wilma en 2005 a bien démontré la fragilité de cet équilibre lorsque les prix ont grimpé jusqu’à plus de 0,45 $/m3.
Dans un environnement où la production satisfait difficilement la demande prévue dans des conditions normales, nous pouvons imaginer l’effet sur les prix en hiver, lorsque les températures sont sous les normales. Les températures chaudes d’un été contribuent de la même façon avec un accroissement de la demande de gaz naturel pour la génération électrique servant à alimenter l’air conditionné. De plus, d’importantes nouvelles centrales électriques alimentées au gaz naturel, aux États-Unis, en Ontario et en Alberta, sont déjà en construction. Ajoutons à tout cela les besoins considérables en gaz naturel pour la production de vapeur nécessaire à l’extraction des sables bitumineux en Alberta.
Le gaz naturel est de plus en plus utilisé pour générer de l’électricité. De nouvelles usines optent pour cette ressource plus propre et remplacent maintenant plusieurs générateurs alimentés auparavant au charbon ou à l’énergie nucléaire. Selon la EIA, l’utilisation du gaz naturel pour la production d’électricité a augmenté de 4,9 % par année entre 1990 et 2001 en Amérique du Nord, et augmentera de 24 % d’ici 2020, soit de 5,8 à 7,2 Tcf. De plus, on estime qu’une quantité égale à la consommation totale de la province de Québec sera utilisée d’ici 2010, et même de 1,5 fois d’ici 2015, pour exploiter les sables bitumineux de l’Alberta. Il existe plusieurs autres projets du genre, déjà en exploitation ou à l’étape de planification partout en Amérique du Nord et qui impliquent des quantités majeures de gaz naturel.
Lorsqu’on considère que la production peut à peine être maintenue au niveau actuel et que les solutions proposées ne seront disponibles qu’après le début de la prochaine décennie dans le meilleur des cas, on ne peut que conclure que l’équilibre entre l’offre et la demande demeurera serré (tight en anglais) encore bien longtemps. Les prix pourraient donc être plus élevés, que ce soit pour le gaz naturel ou pour l’électricité.